Blog Moments #6: La transparence et les blogueurs.

Il est impossible aujourd’hui de nier l’importance des « influenceurs ». Et même si je déteste ce terme, il est là avec toutes ses nuances. Il y a 10 ans, aucun blogueur n’avait d’autre but que de partager ses coups de coeur et ses passions. De nos jours, les plateformes se sont multipliées, la façon de communiquer aussi et les agences presse sont entrées dans le « jeu ». De même, les investissements dans un blog ne consistent plus à parler du dernier anti-cernes qu’on a adoré ou de la dernière paire de shoes dénichée en soldes. C’est un hébergement, un thème, un appareil photo, un smartphone, un ordi,… Et alors qu’avant, il suffisait de s’inscrire gratos sur WordPress ou Blogger, maintenant, l’investissement de départ devient de plus en plus conséquent. Vous l’avez compris, je vais vous parler un peu plus des coulisses d’un blog… Ou plutôt, du monde du blogging.

La semaine passée, les blogueurs (micro-influenceurs, Youtubeurs, etc.) anglais ont été obligés de se soumettre à des guidelines ASA, CMA. CAP (en gros, des associations de protection des consommateurs and so on ainsi que l’équivalent d’un Ministère de L’Economie). Pour vous résumer l’affaire, ils doivent maintenant tous préciser quels posts (que ça soit un article de blog, un post Instagram, une story Instagram ou même un tweet) sont des publicités. GENIAL! Enfin une transparence totale dans un monde où l’abus a été assez loin. Jusqu’aux Kardashian qui ne divulguaient pas qu’elles étaient payées pour montrer qu’elles utilisaient le dernier biberon ou gsm à la mode… Sauf que ça n’est pas si simple que ça… Laissez-moi vous expliquer…

Un blogueur (ou n’importe quel autre type de communication) peut:

  1. parler d’un produit qu’il a acheté et qu’il aime. 
  2. parler d’un produit qu’une marque lui a envoyé (des fois, sans le prévenir). 
  3. parler d’un produit qu’il a reçu lors d’un évènement auquel il a été invité. 
  4. parler d’un produit pour lequel il a été contacté et pour lequel il sera payé (avec souvent, beaucoup de conditions: délais, nombre de posts sur les différentes plateformes à des heures précises, nombre de mentions, type de liens, etc.)
  5. être ambassadeur d’une marque (un contrat sur une durée plus longue dans le temps avec beaucoup de conditions).

Tout ça s’applique aussi à des services (hotels, restos, voyages, etc. ).

Inutile de vous préciser que les plus vieux blogueurs (comme moi) ont tous commencé par le premier point. Ceux qui en vivent sont bien obligés de payer leurs factures donc se retrouvent souvent dans les points 4 et 5 mais rien ne les empêche de toujours fonctionner au coup de coeur et d’ainsi être dans les points précédents. Et enfin, beaucoup des blogueurs qui démarrent aujourd’hui un blog sont souvent attirés par tous les points… Sauf le 1… Evidemment!

J’ai rarement (les fois se comptent réellement sur les doigts d’une main et ça date) été au-delà du point 4.  Tout simplement parce que je n’avais pas envie de m’emmerder avec des numéros de TVA, des factures à émettre, etc. Je tiens à vous prévenir que peu ont eu cette présence d’esprit… Donc beaucoup ont empoché des sous pour des contenus payés et n’ont absolument rien déclaré (et n’ont donc pas payé les taxes qui sont indissociables)… Imaginez donc une bête photo Instagram où la fille fait du multi marques: elle tient une canette de Coca vêtue de son manteau Chanel et de son sac Chloë en posant sur le côté d’une Audi… En sachant qu’une marque peut payer des sommes dingues (ça peut aller au-delà de 10.000€ selon la « taille » de l’influenceur), vous vous doutez bien que cette « simple » photo Instagram que vous allez liker va donc rapporter plus de 50.000€. Evidemment, je prends un cas de personne très connue. Si je proposais mes services de naïade, je ne pense pas atteindre plus que 200€ (et encore). Je pense surtout que les marques me diront « merde ». 

Là où il y a eu de l’abus c’est que les blogueurs qui vivent de leur blog, au départ, ont rarement précisé que la photo à la con que tu likais était en fait de la grosse pub. Si ça se trouve, la fille fait une allergie au coca mais bon, vu qu’elle est payée pour poser avec, elle ne le précisera pas. Toi, un peu niais, tu vas te dire que si elle boit du coca, c’est trop cool. Donc tu vas en acheter ou, si tu es un petit blogueur, tu vas faire le mouton et reproduire le même genre de photo avec la canette (et bim, Coca se fait de la pub gratuite grâce aux blogueurs-moutons et bingo pour eux!) histoire de choper au moins la moitié des likes de la grosse influenceuse parce que tu refais un truc « trop cool ». J’exagère encore… Mais pourtant… Si peu… Cela dit, les guidelines anglaises demandent aussi de notifier « ad » même si on a acheté le produit si tant est qu’on a été en collaboration d’une quelconque façon dans les 6 mois précédents… Autant vous dire que si c’était en Belgique, tout ce que j’achèterais avec MES sous chez ICI Paris XL devrait être estampillé « ad »… Bref, pour la notion de transparence et de clarté, il y a de quoi repasser…

Donc la question à se poser est: qu’est-ce qui est de la pub et qu’est-ce qui n’en est pas? Et pour tout vous dire, nous avons eu le même genre de guidelines en Belgique sauf qu’on a râlé comme des veaux et que ça n’a pas tenu 24h avant d’être retiré de l’Internet (mais ma main au feu qu’ils vont revenir au galop). J’ai été de ceux qui ont râlé… Parce qu’on nous demandait de mettre « ad » devant tous les posts sans vraiment de distinction. Donc en gros, celle qui a dû manger des pâtes à la fin du mois mais a parlé d’un produit Lancôme qu’elle a reçu et apprécié doit se soumettre aux mêmes règles que la pouffiasse allergique au coca mais qui va être payée bonbon pour faire apparaître un truc qu’elle n’aime pas dans son feed. On n’est absolument pas dans le même contexte ni les mêmes notions de pouvoir. La fille qui mangera des pâtes à la fin du mois est finalement beaucoup plus libre de mettre ce qu’elle veut comme contenu. Si elle n’a pas aimé le produit Lancôme, qu’elle en parle ou pas, ça ne changera rien à son confort de vie (et manger du Lancôme, ça n’arrange rien à la misère du monde, on est d’accord). L’autre, par contre, ça change fortement la donne. Quel contenu est le plus « influencé » au final? OUIIIII! T’as tout compris! Celui de la blogueuse payée! Et pourtant, alors que niveau impartialité, on est dans deux mondes différents, les mêmes règles s’appliquent. Je ne suis absolument pas contre de la transparence dans ce monde, je suis même assez encline à ça (je précise d’ailleurs à chaque fois à la fin de mes articles si j’ai reçu ou non les produits dont je parle sans qu’un Ministère de l’Economie ne m’y oblige).  Mais que de la nuance soit apportée, je pense que c’est important. 

Mais vous allez rire… Ca n’est pas tellement ça qui me court sur le haricot finalement! Parce qu’il ne serait question que d’y apporter de la nuance et ça peut se travailler (nuance qu’il n’y a pas vraiment chez ces pauvres anglais et qui les fait monter au plafond fortement d’ailleurs). Non, ce que je ne pige ABSOLUMENT PAS, c’est pour quelle étrange raison les blogueurs doivent se soumettre à ça quand les magazines, qui sont quand même les premiers à balancer du contenu quasi intégralement payé (oui donc, ça ne se limite pas à de la pub pure et dure… Sachez que dans les magazines, des articles entiers peuvent être payés sans que ça ne soit précisé…), s’en sortent tranquilou! Les premiers à avoir commencé à user et abuser des contenus payants, c’est quand même eux et bien avant que le premier blog n’éclose sur la toile… En fait, ils n’ont même pas attendu internet pour ça. On parle donc de l’âge de pierre n’est-ce pas.

Il va vraiment falloir m’expliquer… Parce que si les magazines devaient aussi se soumettre à ces foutues guidelines… Il faudrait un gros « AD » sur la couverture et devant tous les titres d’articles (2 pages ou billet de métro hein). Vous avez déjà vu des journalistes acheter des produits eux-mêmes pour en parler dans le magazine pour lequel ils travaillent? Bein voilà… Autant vous dire que ça serait bien moche et que beaucoup tomberaient de haut en découvrant tout le contenu payant!

Je ne peux aussi m’empêcher de penser que même si l’intention est noble, j’y vois une façon d’effectuer des contrôles fiscaux beaucoup plus facilement. Et ma main au feu que ça ne sera pas les plus gros qui s’y colleront mais bien des blogueurs plus petits qui ne sont pas toujours au courant des lois quant à l’entrepreunariat (et parce que encore là… Vous pensez vraiment que l’autre avec ses pâtes a le budget de se payer un avocat quand on lui réclamera une amende parce qu’elle a mis « AD » à la fin de sa légende et pas au début pour ce foutu produit dont elle n’était même pas obligée de parler?). 

La vie de blogueur-influenceur a l’air d’être une vie de rêve mais sachez qu’en règle générale, ça demande énormément de boulot et qu’on n’a rien sans rien. Celle d’un blogueur qui ne gagne pas sa vie de son blog, c’est des fois bien difficile aussi. Pour ma part, ça me prend littéralement autant de temps que si j’avais deux boulots (et je vous écris ça avec une crève carabinée, en devant louper mon cours de danse parce que si je ne me prends pas ce soir pour me reposer au lieu d’écrire, je vais mourir au vrai boulot, celui qui me paie VRAIMENT). C’est, dans les deux cas, un réel investissement de soi. Et bien que je comprends qu’il faille réguler les abus, je ne pige pas cet acharnement sur les blogueurs en oubliant en même temps ce qui en a été à l’origine: les magazines et leur trop plein de pubs. 

Et plus précisément, quelle est ma position? Histoire d’être complète, je vais vous donner ma situation. Je me limite à recevoir des produits. Pour certains, on me demande si je suis d’accord. Des fois, j’ai même le droit de choisir ce que je veux dans la marque. D’autres fois, on ne me demande rien et je reçois des paquets (j’ai déjà reçu des déodorants pour hommes… Ca a volé chez mes voisins et ça s’est limité à ça.) sans avoir été avertie. Cela dit, je ne veux pas fournir des articles poubelles quand j’écris. Je fais toujours des articles de fond. Donc un article COMPLET (photos, éditer, écrire, écrire, écrire, publier, publier sur toutes les plateformes, etc.) me prend une très grosse journée. Si c’est une vidéo, on peut compter jusqu’à un jour et demi. Vous vous doutez bien que mon temps est précieux et qu’il est hors de question que je le gaspille pour parler de quelque chose qui ne me botte pas du tout… Quand je vois le boulot que ça me prend, je ne suis pas du tout contre le fait d’être payée pour ce que je fais (avec comme conditions de rester libre de mon contenu). Donc je suis favorable à l’idée des blogueurs qui se font payer (tant que c’est bien précisé). D’autant plus que j’achète encore régulièrement des produits par curiosité. 

Alors qu’on parle souvent des blogueurs comme des vendus parce qu’ils reçoivent et n’achètent plus: ça n’est pas mon cas. Et oui, il y a des avantages qui ne se limitent pas à la notion d’obtention quand on reçoit un colis. Je me permets d’en recevoir parce que je fais régulièrement des découvertes sur des produits qui ne m’auraient peut-être jamais attirée sans ça. Je n’ai pas un budget extensible et sans les agences presse, j’aurais sûrement découvert moins de marques en profondeur. BE Creative en est un très bon exemple: je ne m’y étais jamais intéressée avant de recevoir un de leurs produits. Aujourd’hui, c’est une marque que j’aime soutenir de façon totalement spontanée. J’ai rencontré les différents acteurs de l’équipe fondatrice, j’ai pu parler avec eux, comprendre leurs objectifs et apprécier la qualité de leur gamme. Ca ne m’empêche pas d’avoir acheté mon dernier mascara bleu chez eux, ou encore une partie des cadeaux de Noël là avec mes sous. Allez, faut aussi profiter du mérite du bon investissement non?

Sachez aussi que dans tout ce que je reçois (et je ne reçois pas autant que d’autres), il y a beaucoup de choses qui ne me plaisent finalement pas. Donc soit je les démolis ici, soit je n’en parle pas (pas par mauvaise foi mais surtout parce que je n’ai pas toujours de temps à perdre. Je préfère me focaliser sur le positif. ). Je reste toujours maître de mon blog et il est absolument hors de question que, même en étant payée, je parle de quelque chose qui ne me botte pas. J’ai commencé ce blog pour m’amuser, ce n’est certainement pas pour terminer en écrivant contrainte. Evidemment, si j’étais payée un jour, je le préciserais, il en va de soi (j’ai eu un contact avec une société pour des liens affiliés à laquelle j’ai répondu favorablement mais j’ai un lectorat qui achète principalement en magasin physique donc en gros: j’ai jamais rien reçu!). 

Bref, c’est assez compliqué tout ça SAUF la partie où il faut m’expliquer pourquoi les magazines (et c’est aussi le cas en Angleterre) sont exempts de les suivre. Ca, c’est pourtant très simple! Je ne peux m’empêcher de percevoir, dans ce souci de la protection du consommateur, aussi une belle persécution de la blogosphère. S’ils étaient aussi soucieux de l’égalité et du confort du consommateur, ils se seraient d’abord attaqué aux magazines…

P.S.: C’est un peu parti en cacahuètes cet article mais ça tient à tellement de facteurs que c’est dur de tout concentrer. J’ai d’autres articles « blog » plus précis en tête que je vous pondrai si ça vous intéresse.

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3 Comments

  1. 8 février 2019 / 21 h 00 min

    Hello Kim
    Je suis tout à fait d accord avec toi. Prévenir des abus ok mais être dans Big brother is watching you, non merci.
    Alors en France, y a eu un début de travail au niveau loi. Notamment l’obligation de signaler par un ad ou contenu sponsorisé un article ou contenu digital pour lequel tu as été payé. Cependant, je sais que certaines personnes passent ça a la trappe.
    Après, je sais que fiscalement, tout ce que tu reçois devrait être déclaré mais ça je trouve que c’est un peu abusif. Etre taxé sur un colis qu’on te fait parvenir…bref, no comment.

  2. 24 février 2019 / 23 h 10 min

    Ton article est très intéressant et surtout complet !
    Je trouve cela justifié de préciser lorsqu’un article est sponsorisé même si je suis totalement d’accord avec toi sur ce qu’est réellement l’influence.
    En revanche, j’ai peur pour la suite. A force de mettre tellement de lois et de conditions, ne va-t-on pas enlever notre liberté ?

    A très vite !

    • Une Fee dans les Etoiles
      Auteur
      26 février 2019 / 16 h 38 min

      Merci pour le retour super positif! Bah, je ne pense pas… C’est avant tout pour protéger le consommateur et ça, ça se comprend. Les blogs ont avant tout commencé en achetant spontanément. Je découvrirais sans doute moins sans les envois presse mais peut-être mieux qui sait? J’achète toujours spontanément d’ailleurs. C’est ce qui me permet de garder ma liberté. J’ai aussi refusé plusieurs propositions de collaboration qui ne me convenaient pas. Garder sa liberté, c’est surtout ne pas dire oui à tout dans le simple but d’avoir des contacts avec des marques (je les appelle les « blogueurs putes » très au fond dans ma tête ^^) qui nous laisse une liberté. Du coup, pour moi, elle n’appartient qu’à nous 🙂

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